Des Fairchild C 119 à Dien Bien Phu

Publié le par Union Nationale des Parachutistes Ain Bugey

Indochine 1954, Dien Bien Phu

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Cet avion cargo américain n’est pas un inconnu des français engagés en Indochine. Quelques C-119, prêtés par la CAT (compagnie privée de transport aérien américaine appartenant à la CIA) qui prendra le nom d'Air América, ont été utilisés à la fin de la guerre d'Indochine . Ces avions portaient les cocardes françaises et étaient pilotés par des mercenaires civils américains appartenant à la Flying Tigers Line du Général Chennault . Ces appareils, appréciés pour leur capacité d'emport et pour leur robustesse à encaisser les coups, ont joué un rôle important pendant la bataille de Diên Biên Phu.

                                                                      Airamericalogo

 

781px-C-82Des anciens s’en souviennent car des parachutistes français, hâtivement formés au parachutage de matériel, renforçaient les équipes de largage des Compagnies de Livraison par Air. Notre ami Noël (membre historique de la section), a été membre de ceux-ci et n'oublira pas les rotations sur DBP avec des pilotes qui ne parlaient pas un mot de français mais partageaient volontier une biere au retour à Cat Maï. 

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                                                        Le dernier jour à Dien Bien PHU

En ce début d'après midi du 6 mai 1954, six transporteurs C 119 font chauffer les moteurs sur la piste de Cat Bi à Haiphong. Ils décollent à 15h20 et prennent la formation, destination Dien Bien Phu à 350 kilomètres. La mission du jour est de ravitallier par air la cuvette de Dien Bien Phu et en particulier la position Isabelle au sud qui est encerclée et isolée. 

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Le Fairchild Packet C 119 N° 149 est en deuxième ligne, entre Kusak le leader sur le N° 578 et John Verdi sur le N° 532. Aux commandes, deux '' civils'' américains, le pilote très expérimenté et vétéran de la guerre de Corée James McGovern et le copilote Wallace Buford. Dans la soute, à l'arrière, se trouvent 3 parachutistes français affectés à ce vol comme largueurs, Bataille, Rescouriou et Moussa. De plus il y a aussi un observateur de 24 ans, le sous-lieutenant Arlaux, arrivé en Indochine deux semaines auparavant et pour lequel c'est la première mission. 

Le ciel est bleu, l'air est chaud, un temps idéal pour la visibilité. Dans la soute du 149, six tonnes de matériel, munitions et nouriture qui doivent être parachutés sur Isabelle.

 

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Après un vol sans problème, c'est la descente et l'approche sur la zone montagneuse permettant l'accès à la DZ d'Isabelle qui parraît minuscule vue du ciel. En dessous c'est le chao, la végétation est rare, le sol est jonché de corolles blanches abandonnées et l'artillerie vietminh qui encercle le piton se déchaine à la vue des avions. Soudain, juste avant l'arrivée sur la zone, en pleine descente, l'aile droite est atteinte par un tir directe et un bruit sourd couvre le bruit des moteurs, le droit perd de l'huile puis s'arrête hélice en croix. Comme il est impossible de remonter rapidement avec la charge, McGovern n'a d'autre choix que de garder l'avion en ligne pour effectuer coûte que coûte l'approvisionnement d' Isabelle. A l'arrière les français ont compris et procèdent au larguage en catastrophe. L'avion étant vide notamment des munitions qu'il transportait il n'y a plus de risque d'explosion mais il faut pour s'échapper franchir un autre pic de plus 7000 pieds, difficile à envisager avec un seul moteur, l'avion même vide ne remonte pas . Les pilotes choisissent donc la seule solution qui s'offre à eux, suivre la vallée de la rivière du Sang Ma, au sud-est, et ensuite prendre vers le sud, en traversant la frontière Vietnam-Laos pour rejoindre une piste sûre mais l'avion a été dûrement touché par plusieurs tirs et et très difficile à manoeuvrer. Derrière, Moussa, Bataille, Rescouriou et Arlaux ne parlent pas, parachute sur le dos et SOA accrochée prêts à sauter si le pilote l'ordonne, rassemblés autour d'une petite médaille de la Sainte Vierge en une prière muette, même Moussa qui est musulman. Le C119 est en descente légère dans la vallée. Mac Govern a  eu par la radio des informations et les coordonnées d'une ancienne piste d'atterrissage proche, abandonnée et peut-être aux mains des Viets, mais probablement encore utilisable près de la rivière Nam Ma. McGovern a pris sa décision, ce sera l'atterrissage d'urgence car le deuxième moteur montre des signes alarmants.

Après 40 minutes d'un vol incroyablement difficile, le denier moteur rend l'âme et l'équipage perd le  contrôle de l'avion alors qu'ils ne sont qu'à quelques centaines de mêtres de la piste, en approche finale. En arrivant près du sol, il n'y a plus de puissance, l'avion est de travers, l'aile gauche heurte un arbre et finalement l'avion s'écrase se séparant en deux parties, le carburant commence à brûler. Il est 17h54, près du village de Muong Het, à quelques mètres de la rivière Nam Het.

  James McGovern        James B Mc Govern        

Wallace Buford BufordWallace

Les deux  pilotes américains, McGovern et Buford  sont tués sur le coup, ainsi que les paras Bataille et Rescouriou. Le sous lieutenant Arlaux et Moussa ont plus de chance, ils sont sérieusement blessés mais vivants. A ce momment, ils ne le savent pas mais c'est la fin sur Isabelle, quelques heures plus tard le piton va tomber. Les deux français survivants sont fait prisonniers par le vietmin, Moussa va décéder de ses blessures quelques jours plus tard. Le sous lieutenant Arlaux est enmené en captivité dans la jungle du Laos, il sera officiellement déclaré disparu au combat le 13 mai et tombe dans l'oubli. Les combats sont terminés et les prisonniers relachés.Jusqu'à fin septembre, progressivement, des listes de prisonniers libérés sont diffusées à la radio. Ce n'est que le 13 octobre 1954 qu'Arlaux sera libéré, dans l'indifférence générale car ce sujet n'est plus d'actualié. Il va retrouver sa femme et ses deux enfants à Marseille, ils le croyaient mort, son nom avait même été gravé sur un monument avec ses camarades disparus. Le Colonel Arlaux a pris sa retraite bien des années plus tard, quelque part du côté de La Rochelle.

McGovern et Buford ont été les deux premiers citoyens américains tombés au combat en terre d'Indochine, dans une guerre où leur pays n'était pas engagé. Plus tard, après les français, au même endroit, les Etats Unis seront engagés dans la guerre du Viet Nam et bien d'autres soldats US perdront la vie au Tonkin, en Annam ou en Cochinchine.  

Les restes de James McGovern, retrouvés en 2002 dans une tombe anonyme du nord-Laos grâce aux efforts d'anciens de la CAT, seront formellement identifiés en septembre 2006  et quelques semaines plus tard, le 28 octobre, celui que ses camlarades avaient surnommé « Earthquake McGoon » rentrait enfin au pays après plus d'un demi-siècle d'exil en terre étrangère...

Fait rare, les pilotes de la CAT/ Air América ont été distingués par la CIA  qui a fait élever un mémorial à Las Vegas pour rappeler leurs sacrifices

 

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D'autre part un homage a été rendu à ces équipages par la France. Le 24 février 2005, sept pilotes américains sur les trente sept de la CAT ayant participés à ces opérations étaient encore en vie. Ils ont reçu des mains de l'Ambassadeur de France aux États-Unis, la croix de Chevalier de la Légion d'honneur.

 

Mike Seale and Bill Shaver displaying the Legion of Honor f

 

 

Publié dans Avions et hélicos

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